A venir

Vendredi 15 mars à 20h à la maison de la poésie d’Avignon, Lecture-Performance  Origin’ELLES par Isabelle Bonnadier et Eléna Bruckert

Lectures de deux ouvrages parus aux Editions invenit : Courbet,  l’Origine d’un monde de Christine Durif-Bruckert et Courir avec Lucy de Florence Saint Roch 

[pour en savoir plus]

 

 
12 – 13 et 14 juillet 2023, Festival d’Avignon
Lecture-Spectacle avec la comédienne Isabelle Bonnadier et la metteure en scène Stéphanie Lemonnier, Compagnie Lr (Lanterne Rouge).

Elle avale les levers du soleil est une co-production Compagnie Lr , Lanterne Rouge, et Parole Verticale

Les mots de la metteure-en-scène Stéphanie Lemonnier et ceux de Patricia Dollé de Théâtre à »p »part.

« Retour sur la lecture public du magnifique texte de Christine Durif-Bruckert « Elle avale les levers du soleil » au théâtre à (p)part à Avignon la semaine dernière.

Nous avons fait appartement comble lors de nos 4 après-midi lecture et les temps d’échange et de débat suite à cette lecture furent intenses.

Merci à vous toutes pour ce temps partagé la semaine dernière.

Ce projet est né de la rencontre entre 3 femmes, Isabelle Bonnadier, comédienne et chanteuse lyrique, Christine Durif -Bruckert, anthropologue et écrivaine et moi-même, metteuse en scène et directrice d’acteur pour ce projet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Isabelle Bonnadier, Christine Durif-Bruckert et Stéphanie Lemonnier

A ce trio s’est ajouté pour cette occasion Patricia et Fred Dolle qui nous ont invité si généreusement en Avignon au théâtre à (p)part.

Ce texte est un monologue poétique orienté sur l’anorexie et plus largement sur le rapport à la nourriture. Il offre l’occasion d’écouter la « langue anorexique », ce qu’elle dit et comment elle le dit et de percevoir « de l’intérieur » l’une des expériences les plus extrêmes et les plus énigmatiques qui soit. Cette langue anorexique nous parle de cette société de ce mouvement permanent du trop-plein et du vide… Elle nous parle de nous toustes dans une poésie du corps, de l’os et de ses failles.

J’aimerais pour conclure vous offrir les magnifiques mots de Patricia suite à l’expérience de lecture de jeudi dernier :

« Le texte « Elle avale les levers du soleil » restitue une voix, une multiplicité de paroles qui s’entrelacent pour former une trame complexe et captivante

Au travers de cette performance, j’ai été plongée au cœur d’une quête insatiable d’amour, une recherche intense qui ne trouvait pas de réponses

Les mots évoquent le bruit des os, une musique mystérieuse, des vibrations profondément ressenties

La comédienne incarne avec puissance, émotions et intensité les mots du texte, nous transportant dans un tourbillon d’émotions

Sa performance captive nos sens et nous fait vivre les mots dans notre propre chair, comme si nous les ressentions au plus profond de notre être

La mise en scène, quant à elle, performe les émotions et les sensations, donnant vie aux mots avec une intensité saisissante

Nous sommes enveloppés d’une expérience immersive et troublante, où les mots prennent vie et résonnent avec une force inouïe

Cette lecture mise en espace est une expérience intense, éveillant en moi des émotions profondes et suscitant de profonds questionnements sur notre condition humaine. »

Patricia Dollé le 14 juillet 2023

 

Extraits du texte Elle avale les levers du soleil, Editions PhB, 2021

Christine Durif-Bruckert

Je me laisse embarquer
je coupe les ponts avec le passé.
Je me suis retirée de moi-même.
Sans préparatifs, sans bagages.
Semaine après semaine, je deviens une autre. Vertige si doux de se débarrasser de soi
de se défaire.
Je me défais de moi
je me largue.
je ne sens déjà presque plus mon corps.

[Elle parle vite, semble s’adresser à tous, au monde entier.]

Une force extérieure m’enveloppe
me pousse
me persuade que c’est bien par là qu’il faut aller.

Elle marche, elle avance
dès le début, dès que ça a commencé.
Elle me double et me dédouble.
C’est comme une sensation de mort.
Quelque chose de pas rassurant quand même.
Je ne peux pas l’arrêter.
Oui, elle est diabolique.
Elle me devance, elle est toujours devant
Elle va devant moi
en avant de moi
elle me fait aller de l’avant.
ce n’est plus moi qui agis.

Ça me fait penser à l’image du vent.
Un vent enivrant mais desséchant m’avait mise en route.
Un vent acariâtre, impétueux, qui creuse la chair et emporte tout sur son passage, le vivant comme le mort.

LE CHŒUR : Elle nous fait aller dans le bon sens. On a le sentiment d’être faites pour ça. Il aurait fallu une sacrée énergie pour lutter contre elle.

J’ai continué à descendre.

Ça descendait, ça descendait et j’étais fascinée par ce chiffre qui descendait.
Je ne mangeais pas le soir.
Je buvais des bouillons, je crevais de faim, mais ça marchait bien.

Le poids tombait.
J’ai perdu rapidement, beaucoup beaucoup, 30 kg en 6 mois. C’était parti !

LE CHŒUR : Ça allait vite. Ça va vite, ça tombe et ça n’en finit pas de tomber, ça chute à grande vitesse, une chute lourde. Ça va très vite, très très vite.

Ça tombe et je respire. Je tombe.

Le début n’est qu’un vertige.
Je suis entrée dans la chute.
Une chute incessante, secrète.
Dans le miroir, j’ai soudainement réalisé que j’étais maigre une maigreur qui ne tient plus dans l’œil.

Ce que je suis n’y était plus. Je me sentais inébranlable invulnérable.
J’étais maigre et vivante.

Au début je n’avais conscience de rien. Je ne savais pas.
Je marchais sur un fil
le fil d’un rasoir.

Je n’ai rien senti
j’ai basculé
ça a basculé.
Je suis tombée dans le vide
de l’autre côté de moi-même.
J’ai commencé à sentir le goût du vide en moi à aimer mon corps flottant sur le bord du vide

Je glisse, je vole au-dessus du monde. Je survole le reste du monde.

Mon corps est fait pour voler.
Je me demande si je peux encore chuter aller plus loin ?

……

 
La femme nue de l’Origine du monde lève avec audace le voile sur ce qui devait jusqu’alors rester caché. Sa présence ne cesse de parler sur la toile. Lucy l’Australopithèque, quant à elle, forte de s’être redressée bondit, fuse et diffuse cet invincible élan qui porte haut les femmes depuis la nuit des temps.

Eternelles vivantes, ces deux femmes légendes ouvrent la voie des longs voyages et des courses du désir jusqu’au  miracle de la poésie.

Une marche picturale, une course méditative peu ordinaires

 
Une soirée qui mêle Lecture-Performance du Monologue Elle avale les levers du soleil, conférence et débat